Forces vives du Territoire 2026 à Bordeaux : mon retour sur une journée qui donne envie d'avancer
Publié le 2026-10-15
•Par Anthony Marcelin

Le 14 octobre, je suis allé au Théâtre Fémina, à Bordeaux, pour les Forces vives du Territoire. J'y étais en auditeur. Ce qui suit repose sur mes notes prises dans la salle : les citations sont celles que j'ai relevées, à quelques mots près. J'en suis ressorti motivé, avec des idées précises pour Forge Digitale Solutions.
Le format, présenté en amont par Sud Ouest : une vingtaine d'intervenants, cinq minutes trente chacun, devant une salle pleine de dirigeants et d'étudiants. La soirée était organisée par Thierry Parienty, des Boxers de Bordeaux, et Patrice Bégay, de JALPB Conseils, avec l'ANDRH Nouvelle-Aquitaine.
Fini le discours du winner
Premier constat : le ton a changé. On n'est plus dans le discours de gagnant à l'américaine d'il y a trente ans. Les intervenants ont reconnu un contexte économique et géopolitique compliqué.
Puis ils ont expliqué comment ils y cherchent des forces et des opportunités. Hélène Bringer, de Thales, a relié le chaos, la chance et l'IA par un seul mot : opportunité. Victor Noirtin, directeur général délégué du groupe Barbotteau, a raconté l'histoire d'un groupe antillais lâché deux fois par ses partenaires pétroliers, qui a fini par créer sa propre société. Sa phrase m'est restée : « Une voie unique, quand elle démarre, ça s'appelle une impasse. »
Nicolas Béraud a expliqué comment Betclic s'est relancé en 2017 en admettant une chose toute bête : « On avait oublié le client. » Paloma Sénéclauze, du Château Marquis de Terme à Margaux, a comparé les gens aux vignes : plus les racines sont profondes, mieux on résiste.
Lucidité et motivation ne s'opposent pas. Cette soirée l'a montré.

L'IA, enfin dans les habitudes des dirigeants
Deuxième constat : presque tous les intervenants ont parlé d'intelligence artificielle. Comme d'un sujet d'entreprise concret, plus comme d'une curiosité. L'IA est enfin entrée dans les habitudes des entrepreneurs français.
Hélène Bringer a donné le conseil le plus utile de la soirée : « Utilisez-la vous-même avant d'en parler à vos équipes. » Marc Prikazsky, de Ceva Santé Animale, voit dans l'IA, avec la robotique, un moyen de réindustrialiser la France.
Aliette Mousnier-Lompré, directrice générale d'Orange Business, a posé les questions qui dérangent. Que reste-t-il d'un métier quand l'IA en fait la plus grande partie ? Comment les jeunes entrent-ils dans le monde du travail si les tâches de débutant sont automatisées ? Qui est responsable quand un agent se trompe ? Elle a aussi rappelé que l'imprimerie, le chemin de fer et l'électricité ont changé le monde. Mais « aucune de ces révolutions n'a modifié les fonctions cognitives du cerveau humain [...] on rentre dans une phase inconnue. » Et elle a conclu que la vérité ne se trouve ni dans les prédictions ni dans les algorithmes, mais sur le terrain.
Mehdi Houas (Talan) : une IA souveraine pour toutes les entreprises
S'il ne fallait garder qu'un nom, ce serait Mehdi Houas, président fondateur de Talan et président de Numeum, le syndicat des entreprises du numérique. Pour son courage, son audace et son culot. Sa phrase : « Il arrive un moment où on pose son cerveau sur la table, on prend ses tripes et on y va. »
Sur le fond, son message est clair : à côté des géants américains et chinois, la France et l'Europe doivent avoir leur propre IA à proposer. Une troisième voie, éthique et responsable, « faite pour l'humain et non pour le remplacer ». L'IA doit nous aider, pas prendre notre place. J'y ajoute ma conviction : cette IA souveraine ne doit pas être réservée aux grands groupes. Elle doit servir toutes les entreprises françaises, jusqu'à la plus petite.
Pendant ce temps, dans le Médoc et sur le Bassin
Troisième constat, qui vient de mon terrain et pas de la scène. Dans le monde rural, dans le Médoc comme autour du Bassin d'Arcachon, les artisans, les commerçants et les TPE que je rencontre savent très bien ce qu'est l'IA. Ils en ont entendu parler, certains l'ont même testée chez eux. Mais ils ne la voient pas encore comme un outil de travail, et ne voient pas ce qu'elle pourrait leur faire gagner en temps, donc en argent.
Au Fémina, les grands groupes ont montré l'inverse. Chez Thales, Hélène Bringer conseille d'essayer l'IA soi-même avant d'en parler à ses équipes. Chez Ceva, Marc Prikazsky y voit, avec la robotique, un levier pour réindustrialiser la France. Orange Business se demande déjà comment elle change chaque métier, et Mehdi Houas veut une IA souveraine pour toutes les entreprises, pas seulement les grandes. Mon idée est simple : prendre ce qui marche dans ces groupes et le ramener à la taille d'un couvreur ou d'un commerçant.
Ramené à cette échelle, ça donne des choses très concrètes. Le couvreur qui tape ses devis le soir, après le chantier, pourrait partir d'un premier jet préparé par un assistant IA et n'avoir plus qu'à vérifier ses prix. Le plombier ou la fleuriste qui répond aux mêmes questions de clients entre deux interventions pourrait avoir une réponse claire déjà rédigée, qu'il ajuste en quelques mots. Même chose pour les relances de factures ou la paperasse qui s'empile en fin de mois. Ce n'est pas une question de compétence : personne ne leur a montré, sur leurs propres tâches.
Ce sont pourtant ces petites entreprises qui portent une grosse part de la valeur ajoutée du pays, en Gironde comme ailleurs. Si l'IA reste l'affaire des grands groupes, c'est tout ce tissu qui prendra du retard.
Ce que j'en fais, concrètement
Mon rôle : faire le lien entre ce qui se disait sur cette scène et l'atelier d'un artisan ou la boutique d'un commerçant du Médoc et du Bassin.
Je reprends à mon compte le conseil d'Hélène Bringer : l'IA pour TPE et artisans commence par le patron. Le dirigeant l'essaie lui-même, sur un devis, une réponse à un avis ou un mail délicat. J'ai détaillé ces tâches dans un article sur les tâches qu'un artisan peut confier à l'IA. Et je veux construire mes outils à partir des retours de ces entrepreneurs, pas l'inverse.
Même logique que chez Betclic : un site ou un outil doit être pensé pour le client. C'est la règle que j'applique avec chaque création de site internet dans le Médoc.

Après le Fémina, la discussion continue
La soirée s'est prolongée au CIVB par un temps d'échange d'environ une heure et demie, où j'ai eu des discussions extrêmement intéressantes avec des intervenants et des partenaires. Je ne vais pas spontanément vers les gens, et je me suis forcé. Dans la journée, j'ai parlé cybersécurité et fuites de données avec Romuald Blondel, de Cybex Assistance, puis de l'usage d'une IA souveraine en entreprise avec Hélène Gout, directrice de la région Sud-Ouest de Talan (Bordeaux, Toulouse, Montpellier). Deux conversations franches et bienveillantes, qui ont donné à cette journée une couleur plus personnelle. Ces échanges m'ont conforté : il y a une place à prendre pour une IA utile aux petites entreprises françaises.
Patrice Bégay et Jean-Philippe Girard ont d'ailleurs lancé Tremplin Audace, un programme pour accompagner les porteurs de projet par paliers, avec un appel simple à chacun : donner deux heures. Je regarde comment y contribuer.
Le contexte est dur. Les patrons présents au Fémina avancent quand même, en cherchant les opportunités qu'il contient. Mon objectif : que les artisans et les TPE de Gironde avancent aussi, avec l'IA.
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